Le VTT est-il plus physique que le vélo de route? Oui, en voici la preuve

Quel effort supplémentaire demande la pratique du VTT, en vrai?

Autant que je m’en souvienne, j’ai toujours entendu les riders dire avec fierté que le VTT est beaucoup plus difficile que le vélo de route. Certains vont même jusqu’à évaluer cette difficulté supérieure. Il faudrait multiplier par 2 ou 3 les efforts d’une randonnée en VTT pour obtenir le même résultat physique à vélo de route. Nous ne sommes peut-être pas loin de la réalité.

Mais si on peut s’accorder pour dire que le VTT est plus physique que le vélo de route, dans quelle mesure l’est-il dans la vraie vie?

Jeff Barber, un vététiste expérimenté s’est livré à une expérience pour déterminer quels facteurs rendent le VTT plus dur physiquement. Il a utilisé pour cela un capteur de puissance installé un VTT rigide et un vélo de course. Il a retenu 3 facteurs en particulier qui rendent le VTT plus physique:

  • Les obstacles sur le sentier: le nombre et la taille des obstacles varient fortement, ce sont en général des cailloux ou rochers ainsi que des racines. En comparaison, les routes goudronnées ne sont en général pas accidentées et sans obstacles. Les obstacles en trail ralentissent les riders et accentuent l’effort physique.
  • La surface du sentier elle-même: la terre et l’herbe ralentissent également les riders comparé à l’asphalte.
  • La résistance des pneus et l’aérodynamique: Les gros pneus à crampons des VTT augmentent la résistance par rapport aux boyaux des vélos de route. Et la position du cycliste en vélo de route est beaucoup plus aérodynamique que celle du vététiste.

Barber a écarté d’autres facteurs de son expérience:

  • Les ascensions: les sentiers de VTT proposent souvent des montées rapides avec une forte pente, quand les côtes sur les routes sont souvent de difficulté moyenne. Mais la route peut avoir des côtes ou des montées très difficiles comme le VTT peut avoir des portions de plat. Si on part du principe que le VTT est plus physique, il faut normaliser les dénivelés positifs et négatifs. Une ascension à vélo de route en haute montagne est certainement plus difficile qu’une balade en VTT le long d’une voie ferrée.

  • Les vélos de course sont en général plus légers que les VTT mais chaque vélo, comme chaque cycliste, est différent (voir mon article sur le poids des VTT ici). Il paraît évident qu’il est plus facile de pédaler sur un vélo léger que le contraire, mais cela ne s’applique pas seulement au vélo de course. Un sortie en VTT est beaucoup plus facile si l’on retire quelques kilos au vélo. Baber a donc utilisé un VTT et un vélo de course de poids équivalent en ajoutant à ce dernier un peu de poids pour les équilibrer.

  • Les sentiers ont en général plus de chicanes et de virages que la route, et prendre un virage ultra serré demande énormément d’énergie au rider. Mais certains trails, au même titre que le vélo de route, ont de longues portions de ligne droite et la conduite d’un vélo de route sur voie verte peut impliquer également quelques virages.

  • Les arrêts et démarrages aux feux tricolores en vélo de route peuvent avoir un réel impact physique, comme descendre et remonter sur son VTT. Les routes et les sentiers ont cela en commun que l’on peut être amené à s’arrêter n’importe quand. Il faudrait donc compter les arrêts pour l’un et l’autre, et évaluer la force utilisée pour repartir. Et certains passages en vélo de route impliquent une véritable forte accélération comme au démarrage.

  • Les suspensions, même bien réglées, pompent de l’énergie au cycliste. Il faudrait donc tester la force demandée sur un semi rigide ou un tout suspendu et la comparer avec un vélo de route.

  • Le mental joue également un rôle, avec des prises de décisions fréquentes en VTT qui peuvent user à la longue. Mais c’est pareil pour un cycliste qui doit se faufiler dans le trafic parisien.

Les efforts pour le franchissement d’obstacles

Jeff Barber a procédé comme suit, sur une côte goudronnée. Il a parcouru 3 fois la même distance de 150 mètres à vitesse constante, sans obstacle. Puis il a placé des obstacles, bûches et autres tasseaux en bois à intervalles réguliers. Il a refait la distance à la même vitesse, 3 fois, mais en franchissant les obstacles.

Le franchissement des obstacles requiert 9% de puissance en plus pour garder le même rythme. Or les bûches n’étaient ni très grosses ni peu espacées. Si cela avait été le cas, il aurait fallu développer encore plus de puissance pour garder la même vitesse. Ce qui montre la difficulté de comparer le VTT et le vélo de route: chaque piste est différente.

La comparaison sur surface naturelle

Pour ce test, Barber a trouvé un sentier en herbe avec la même pente que celle mentionnée ci-dessus. Et là le résultat est tombé. Il a dû déployer 31% de force supplémentaire pour conserver le même rythme! Et c’était en majorité un chemin en herbe. Alors imaginez les efforts à fournir sur terre humide. Inversement, un terre bien tassée ou un chemin de halage demandent beaucoup moins d’efforts, mais tout de même plus qu’une route.

Les pneus et l’aérodynamique

Le test a été effectué en descente en roue libre, avec des pressions de pneus du VTT ajustées pour se rapprocher le plus possible du roulement du vélo de course. Le vélo de course roule en moyenne 11% plus vite que le VTT. La grosse différence se fait au démarrage et sur les 50 premiers mètres. La bande de roulement plus large du VTT donne plus de résistance, ce qui fait une grosse différence.

Conclusion

Sur la base de ces tests, il faut 51% d’effort physique supplémentaire à produire en VTT sur surface herbeuse ou grasse avec obstacles, pour garder le rythme d’un vélo de course sur route. Évidemment il faut que la configuration pentes / virages soit équivalente, avec un VTT rigide. Un VTT semi rigide ou tout suspendu demandera encore plus d’efforts.

Si l’on considère la multiplications des obstacles, virages, montées / descentes etc, il est raisonnable de penser que l’effort fourni peut monter à 100 % ou plus de ce qui est demandé sur vélo de route. Nous arrivons à ce que nous disent les vététistes les plus aguerris. Et si le gravel était la solution? 😉

Auteur

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Fab

Passionné de rando et de développement durable
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